
Histoire d'une famille · 1683 – 2026
Les Galezowski
De la Pologne, de l’Italie et de la Perse, à la France et à l’Amérique : récit d’une famille aux nombreuses patries.
- I1683 : un chevalier polonais sous les murs de Vienne
- IILe ténor que l'orchestre de Saint-Pétersbourg applaudit debout
- IIIL'ophtalmologiste qui guérit celle qu'il allait épouser
- IVAugusta et son Salon
- VParis – Ispahan, 1894 : le voyage chez le prince
- VITante Marie, l'artiste
- VIIAoût 1914, un médecin-major dans les Vosges
- VIIILes Années Folles : Deauville, Paris, Cannes
- IXLes années noires
- XBonpapa, la transmission
« N'oubliez pas que vous appartenez à notre famille qui vous aime, et à plusieurs patries qui comptent sur vous : à la France, à la Pologne, à l'Italie, et aujourd'hui à la Perse. »Dr Xavier Galezowski à ses enfants · Paris, 18 octobre 1905
Il y a d’abord un travail exceptionnel, celui de Bonpapa. Des milliers de pages : des lettres tapées à la machine puis ressaisies, des diplômes, des faire-part, des coupures de presse en polonais, en italien, en espagnol, des photographies retournées pour lire ce qui est écrit au dos. Pendant des années, Alain Galezowski a recopié, classé, légendé, avec une patience d'archiviste et une tendresse de fils.
De ce travail est né ce livre ouvert. Il suit le fil d'une même famille sur plus de trois siècles : un chevalier polonais sous les murs de Vienne, un ténor qui fit lever l'orchestre de Saint-Pétersbourg, un ophtalmologiste qui rendit la vue à celle qu'il allait épouser, une caravane vers Ispahan, un médecin-major dans les Vosges en août 1914, une élégante photographiée aux courses, une mère arrêtée sous un porche de l'avenue Foch, un jeune radio de la 2e DB. Les mots cités sont les leurs.
Les passages ainsi marqués sont des compléments apportés en 2026 par Xavier, petit-fils d'Alain, à partir de recherches ultérieures : registres d'état civil, presse ancienne de Gallica, dossiers de la Légion d'honneur, arbres généalogiques en ligne. Ils précisent ou nuancent le récit sans le remplacer. Tout le reste provient des archives réunies par Alain.
Tarnawa les racines polonaises
Tout commence, selon les souvenirs de Tante Marie, en 1683. Sous le règne de Jean III Sobieski, un Galezowski participe à la défense de Vienne contre les Turcs. C'est à cette occasion que la famille reçoit ses armes : Tarnawa.

Les arbres polonais nomment cet ancêtre : Jan Gałęzowski, né le 22 octobre 1634 à Gałęzów, près de Lublin. Juge à la cour de Lublin, capitaine royal, starost de Wąwolnica, il meurt en 1683 « en Hongrie », l'année même de la campagne de Vienne. La lignée descend ensuite de père en fils, d'Andrzej à Józef puis à Ignacy, jusqu'à François.
Trois siècles plus tard, Alain Galezowski donnera ce nom à sa maison de campagne, près de Paris. Entre les deux, la famille vit en Ukraine, transplantée au xviie siècle depuis le palatinat de Lublin. François Galezowski (1810–1860), avocat, habite une petite maison de campagne à Strutynka avec sa femme Balbina Szokalska (1812–1882). Ils ont quatre enfants : Léontine, Victoire, Xavier et Joseph.
- Champ : de gueules (rouge).
- Croix : d'argent (blanche).
- Croissant : d'or, au bas, à gauche de la croix (à droite pour qui regarde).
- Cimier : cinq plumes d'autruche sur le heaume.
l'oncleSeveryn, le médecin des pauvres de Mexico
Le frère de François, Severyn (1801–1878), étudie la médecine à Wilno et soigne les blessés de l'insurrection de 1831 contre les Russes. Poursuivi par les agents du tsar, il gagne Berlin puis Paris en 1833, et part dès 1834 pour le Mexique. Il y devient un médecin célèbre, soignant notamment la population indienne pauvre, professeur à l'université de Mexico, puis médecin de la cour de l'empereur du Brésil. Revenu à Paris en 1848, il abandonne la médecine pour sauver l'École polonaise des Batignolles, qu'il préside de 1854 à sa mort. C'est lui qui, en 1863, sera autorisé par le Gouvernement national polonais à signer l'emprunt de l'insurrection.
Selon les arbres polonais, Severyn serait plutôt le demi-frère de François, né d'une première union de leur père avec Maria de Reinberg. Il meurt le 31 mars 1878 dans sa maison de la rue de Clichy ; son buste en bronze orne sa tombe au Père-Lachaise.
le frèreJoseph, ministre de la Guerre d'un pays qui n'existe plus
Joseph (1833 ou 1834 – 1916) sort de l'Académie militaire de Saint-Pétersbourg avec une médaille d'or ; un grand-duc fera plus tard rayer du tableau d'honneur le nom de ce « révolutionnaire ». Colonel et professeur à vingt-sept ans, il rejoint Varsovie lors de l'insurrection de 1863, devient le proche collaborateur de Romuald Traugutt et ministre de la Guerre du Gouvernement national insurgé. Arrêté en mars 1864, il s'évade et regagne Paris déguisé en chauffeur de train, sa tête mise à prix. Chef de division au Crédit foncier, organisateur d'une Légion polonaise en 1870, directeur de l'École des Batignolles puis du Musée national polonais de Rapperswil, il meurt à Paris le 18 mars 1916, officier de la Légion d'honneur.
Son dossier de la Légion d'honneur le fait naître le 1er mars 1833. Il épouse Amelia Karpińska à Paris le 12 janvier 1866. Leur fille Wicia épouse Jan Lipkowski en 1889.
« Aujourd'hui, elle est opprimée par des vainqueurs allemands et russes qui persécutent même notre langue et notre religion. Mais qui sait ? Un jour viendra… »Xavier Galezowski, à propos de la Pologne · 1905
La voix Enrico Tamberlick

L'autre moitié de l'histoire vient de Rome. Les Tamberlick y servent les papes depuis des générations. Le bisaïeul, Raffaele, capitaine au 7e de ligne, commande en 1813 une sortie contre les Anglais au siège de Tarragone. Il a épousé Margherita Danieli, qu'il appelle « Donna Ghita ».
Leur fils Enrico naît le 9 mars 1820. On le destine à la prêtrise, au monastère de Montefiascone. Il s'enfuit à Naples par crainte de son père et débute sous le nom de sa mère, Danieli. Le succès est tel que, dès le lendemain, le directeur du théâtre déchire son contrat pour lui en offrir un bien mieux payé. Pardonné, il chante désormais sous son vrai nom : Naples, Lisbonne, Londres, Madrid, Saint-Pétersbourg, La Havane, Mexico, Buenos Aires.
Il correspond avec Verdi, Rossini et Berlioz, qui lui écrit au sujet des Troyens. Ses amitiés sont républicaines : Mazzini, Ledru-Rollin, Lamartine, Louis Blanc, Victor Hugo. À Saint-Pétersbourg, raconte la presse italienne, on l'appelait « Citoyen ».

La garde-robe du ténor · 1837 – 1881
Habillé pour la scène
Rome, Naples, Lisbonne, Londres, Saint-Pétersbourg : à chaque saison un autre siècle, un autre pays. Des costumes du ténor, les archives gardent la couverture illustrée d'Attila et trois aquarelles.



« Tamberlick a chanté "Manrico" dans un pur et grand style qui perpétue la tradition des vrais maîtres. […] À la fin du troisième acte, les membres de l'orchestre se sont levés pour l'applaudir avec le public. »
1837 – 1881Une vie sur les scènes du monde
la taille dit le nombre de rôles et de dates connus dans la ville
source secondaire seule, à confirmer
9numéro d'un temps fort
Quinze villes en quarante-quatre ans de scène. La liste complète de ses 110 rôles est dans Tamberlick sur scène.
♪ Les extraits sonores ne sont pas la voix de Tamberlick : aucun enregistrement de sa voix n'est connu. Ce sont des disques anciens, libres de droits, d'un passage qu'il chantait dans ces opéras, pour en donner une idée.
-
120 décembre 1837 · Rome, Accademia Filarmonica Romana
Premier chant, à Rome
Guglielmo Tell, Rossini
À dix-sept ans, la première date de la chronologie de Tom Kaufman. Le récit familial et la nécrologie d'Il Teatro Illustrato le font pourtant débuter à Naples : premier chant à Rome, vrais débuts lyriques à Naples, peut-être.
♪ « Asile héréditaire », air d'Arnold (acte IV), chanté en français · Léon Escalaïs, ténor, 1905 (face A du disque)
▶ Écouter sur GallicaGallica, BnF, domaine public
Sources : Kaufman
-
29 mars 1841 · Naples, Teatro del Fondo
Débuts à l'opéra, à Naples
I Capuleti ed i Montecchi, Bellini
Entre le Teatro del Fondo et le San Carlo, il chante en trois ans vingt-cinq rôles nouveaux, des opéras de Bellini, Donizetti et Rossini aux petites comédies du Fondo : son école.
Sources : Kaufman
-
35 janvier 1847 · Madrid, Teatro del Circo
Les années espagnoles
Attila, Verdi · rôle de Foresto
Madrid est la ville où il a chanté le plus de rôles : au Teatro del Circo de 1845 à 1847, puis au Teatro Real de 1867 à 1880. En 1875, Le Figaro le dit très populaire à Madrid « depuis qu'il a chanté dans les rues des chansons révolutionnaires ».
Sources : Kaufman · Le Figaro, 23 janvier 1875
-
42 octobre 1847 · Barcelone, Teatro Principal
Barcelone, où naît Augusta
Belisario, Donizetti · rôle de Eutropio
Trois saisons au Teatro Principal et une quinzaine de rôles. Sa fille Augusta y naît le 26 août 1849 : la future épouse du docteur Xavier Galezowski. Les archives d'Alain gardent le contrat de Barcelone (30 octobre 1848) et l'acte de baptême.
Sources : Kaufman · archives d'Alain
-
523 avril 1850 · Londres, Covent Garden
Vingt saisons à Londres
La Donna del lago, Rossini
Ses débuts à Covent Garden, où il revient au printemps pendant une vingtaine d'années. En mai 1855, Il Trovatore « a fait briller Mme Viardot, MM. Tamberlik et Graziani ».
Sources : Kaufman · Le Ménestrel, 27 mai 1855
-
625 novembre 1850 · Saint-Pétersbourg, Théâtre impérial
Saint-Pétersbourg, où Xavier l'entend
Linda di Chamounix, Donizetti
Ses débuts russes : il chante au Théâtre impérial pendant plus de dix ans. Étudiant pauvre, le jeune Xavier Galezowski économise pour aller l'entendre, « ne prévoyant nullement qu'un jour viendrait où j'irais lui demander la main de sa fille ».
Sources : Kaufman · projet de contrat, 1er octobre 1850 (archives d'Alain) · discours de Xavier, 18 octobre 1905
-
725 juin 1853 · Londres, Covent Garden
Berlioz au pupitre
Benvenuto Cellini, Berlioz · rôle de Benvenuto
Berlioz dirige lui-même la première londonienne de son opéra. L'Indépendance belge écrit que « Tamberlick, le ténor […] a été superbe dans le rôle de Benvenuto ».
Sources : Kaufman · L'Indépendance belge, 3 juillet 1853
-
827 avril 1857 · Buenos Aires, Teatro Colón
L'inauguration du Teatro Colón
La Traviata, Verdi · rôle de Alfredo
Après une saison à Rio de Janeiro, il chante Alfredo face à la Violetta de Sofia Vera-Lorini pour l'ouverture du premier Teatro Colón, la première salle de la ville éclairée au gaz.
♪ « Libiamo ne' lieti calici », le brindisi d'Alfredo (acte I) · Enrico Caruso, ténor, et Alma Gluck, soprano, avec chœurs, 1914
▶ Écouter sur GallicaGallica, BnF, domaine public
-
910 novembre 1862 · Saint-Pétersbourg, Théâtre impérial
Verdi lui confie Alvaro
La Forza del destino, Verdi · rôle de Don Alvaro
Création mondiale de La Forza del destino, commandée par le Théâtre impérial : Verdi choisit Tamberlick pour le rôle de Don Alvaro. Les archives de la famille conservent un billet autographe de Verdi.
♪ « Solenne in quest'ora », duo d'Alvaro et de Carlo (acte III) · Beniamino Gigli, ténor, et Giuseppe De Luca, baryton, 1927
Sources : Kaufman · récit familial
-
101er décembre 1877 · Paris, Théâtre-Italien
Une création à Paris
Zilia, Gaspar Villate · rôle de Gallieno
Première représentation de Zilia, « opéra en quatre actes de M. Gaspar Villate ». Tamberlick y tient le rôle de Gallieno ; quelques jours plus tôt, il chantait Otello sur la même scène. Les archives d'Alain gardent cinq coupures de presse de novembre 1877.
Sources : Kaufman · Le Ménestrel, 9 décembre 1877 · Le Gaulois, 4 décembre 1877
-
11décembre 1881 · Malaga, Teatro Cervantes
La dernière scène
La Traviata, Verdi
La dernière date connue de sa carrière, après Il Re di Lahore au Teatro Real de Madrid (14 février 1880), qu'Il Teatro Illustrato tient pour son dernier grand rôle. Il meurt à Paris en mars 1889, chez sa fille et son gendre, 103 boulevard Haussmann.
♪ « Parigi, o cara », duo d'Alfredo et de Violetta (acte III) · Tito Schipa, ténor, et Amelita Galli-Curci, soprano, 1924 (face B du disque)
▶ Écouter sur GallicaGallica, BnF, domaine public
Sources : Kaufman · Il Teatro Illustrato, avril 1889 (archives d'Alain)
Il a épousé une Napolitaine, Francesca Ballerano. Ils ont deux enfants : Augusta, puis, dix ans plus tard, Raphaël-Alfred, baryton qui ne chantera que pour des concerts de charité. Francesca meurt en 1884 à Saint-Germain ; Enrico s'éteint « pieusement », écrit Tante Marie, en mars 1889, chez sa fille et son gendre, au 103 boulevard Haussmann.
La presse de 1889 précise qu'il « demeurait depuis plusieurs années » chez Xavier, et qu'une députation d'enfants de l'École polonaise suivit son cortège (L'Entr'acte, 20 mars 1889). Son fils Alfred était, selon la Gazette anecdotique, chef de gare à Pontoise.


« Ah ! Tamberlick est le premier ténor moderne qui donne envie de le voir. »Enrico Panofka, cité par Il Teatro Illustrato · avril 1889
Le regard le docteur Xavier

Xavier naît le 5 janvier 1832 à Lipowice. Étudiant pauvre à Saint-Pétersbourg, il économise sur sa pension pour aller entendre un ténor dont tout le monde parle. Il ne sait pas encore qu'il épousera sa fille.
« J'avais quelquefois à peine de quoi manger, mais je ne manquais presque jamais d'aller entendre Otello, Tannhäuser, ne prévoyant nullement qu'un jour viendrait où j'irais lui demander la main de sa fille. »
Docteur en médecine à Saint-Pétersbourg le 27 septembre 1858, médaille d'or pour une thèse sur l'ophtalmoscope, il devient le médecin du grand-duc Constantin. Il renonce pourtant à cette carrière pour Paris et pour l'ophtalmologie, auprès de son « vénéré maître » Desmarres. En 1863, présenté par son oncle Severyn à Napoléon III, il porte au péril de sa vie un message secret aux généraux de l'insurrection polonaise, les pressant de ne pas compromettre le sort du pays par leurs querelles.
Il ouvre sa clinique le 6 mars 1866. Pendant la guerre de 1870, il est chirurgien-major de la Garde nationale et tient l'ambulance de l'église Saint-Gervais. Il devient français le 15 novembre 1870. Sa réputation dépasse vite les frontières : dès le 18 juillet 1873, le shah de Perse le nomme « médecin honoraire de sa Personne impériale ».


octobre 1872Celle qu'il a guérie
Augusta Tamberlick a perdu la vue. Les spécialistes ont échoué ; son père, désespéré, fait appel au jeune ophtalmologiste polonais. Xavier la guérit, puis l'épouse en octobre 1872. « Ce fut un ménage merveilleusement uni », écrira son petit-fils.
Deux arbres en ligne, appuyés sur l'état civil du 8e arrondissement, datent le mariage civil du 5 octobre 1872 ; Xavier, lui, en fêtait l'anniversaire le 18 octobre, sans doute le jour de la cérémonie religieuse. Le 3 octobre est la date de sa Légion d'honneur. Son dossier de légionnaire (Archives nationales, LH/1058/31) confirme la naissance du 5 janvier 1832.
« Appelé auprès de toi, ma chère amie, quand tous les autres spécialistes n'ont pas compris, pour te soigner et te guérir, car je compris ton âme et ton cœur. »
- Légion d'honneur
- Chevalier 1872, officier 1885
- Portugal
- Commandeur de l'Ordre royal, 1888
- Espagne
- Carlos III, 1870 · Isabelle la Catholique, 1877
- Perse
- Grand cordon du Lion et du Soleil
- Trouville
- Rue du Docteur-Xavier-Galezowski, 1897
- Voyages
- États-Unis 1887, Malaga 1889, Perse 1894, Mexique 1901


Il meurt à Paris le 22 mars 1907. Il repose au Père-Lachaise avec Augusta, Henri, Jean, Hedwige et Marie.
Ses obsèques sont célébrées le 25 mars à Saint-Augustin. Le deuil est conduit par Henri, Jean et son gendre Ardachir Nazare-Aga, avec les petits-fils, son frère Joseph et son beau-frère Alfred Tamberlick (Le Figaro, 26 mars 1907).
Augusta et son Salon
« Cette femme de génie que j'ai trouvée sur ma route », dit d'elle Xavier. Née à Barcelone le 26 août 1849, pendant que son père y chantait, fille d'un ténor italien, épouse d'un Polonais devenu français, Augusta tient à Paris un salon où la musique est chez elle.


Giuseppe Verdi lui écrit le 23 mars 1880. Ambroise Thomas lui envoie une carte pneumatique en 1887. L'Observateur français, Le Figaro, Le Charivari rendent compte de ses soirées musicales entre 1893 et 1896. Le nonce apostolique lui transmet la bénédiction du pape pour la première communion de Marie.

Elle suit son mari partout : Washington et New York en 1887, Vienne en 1888. En septembre 1889, à Malaga, pendant des « vacances » où Xavier opère déjà six malades, elle écrit à sa fille Marie, restée à Trouville :
« Nous aussi, nous allons bien, mais votre Père travaille beaucoup trop ! Il a des malades toute la journée, et a même déjà fait 6 opérations. »
« Aussi, quand elle sort avec sa toilette blanche, tout le monde la regarde, et hier, une charmante vieille femme l'a appelée, dans la rue, ma gentille Paloma, c'est-à-dire colombe. »
« Je te quitte, mon trésor, en t'embrassant tendrement ainsi que tes frères… »
Le 31 octobre 1898, après vingt-six ans de mariage, elle écrit pour Xavier un poème de trois strophes.
Comme une rose desséchée,
Dans un pâle sachet soyeux,
Vit dans l'âme désenchantée,
Le souvenir des jours heureux !
L'âge est venu, mais la vieillesse
Détruisant tout ce qui fut beau,
A respecté notre tendresse
Qui survivra même au tombeau.
Augusta survit onze ans à son mari. Elle meurt à Paris au début de l'année 1918, quelques mois avant la victoire, et quelques mois avant le mariage de son fils Jean.
Elle meurt le 5 février 1918. « M. Henri Galezowski, avocat à la Cour, et le médecin-major Jean Galezowski » conduisent le deuil (Excelsior, 7 février 1918). Un arbre en ligne la fait naître le 26 avril 1849, et non le 26 août : la date reste à vérifier.

Le voyage en Perse
À Ispahan, le prince Zellé-Soltan, fils aîné du shah et gouverneur de la ville, souffre des yeux depuis des années. Ses médecins persans, anciens élèves de Galezowski, consultent leur maître par lettre. Au début de 1894, on craint un glaucome. Xavier décide d'y aller lui-même.
Le dimanche de Pâques 25 mars 1894, Xavier et Augusta prennent l'Orient-Express à la gare de l'Est avec leurs enfants : Wanda, l'aînée, Henri, Jean et Marie. Vienne, Belgrade, Sofia, Constantinople, où une alerte au choléra les fait repartir. À Odessa, où vit une partie de la famille polonaise, la foule des malades est telle qu'il faut la police pour la contenir. Le 14 avril, Wanda, Jean et Marie rentrent à Paris. Xavier, Augusta et Henri poursuivent.
ParisVienneConstantinopleOdessaBatoumTiflisBakouEnzeliRechtTéhéranQomKachanIspahan
Paris – Ispahan25 mars – 29 mai 1894. Fond de carte actuel, noms de 1894 ; tracé schématique, dates d'après les lettres de la famille.


Le départ ne passe pas inaperçu : en mars 1894, la presse annonce que l'oculiste part soigner le fils du shah.




À Recht, au pied de l'Elbourz, Augusta, épuisée, accepte de rentrer seule. Le matin du départ, elle se ravise.
« Hier, on expédie en avant les malles de ces Messieurs, quand ce matin, au moment de nous séparer, nous avons fondu en larmes, et j'ai lu dans les yeux de votre cher Père que son chagrin égalait le mien. »
La caravane franchit les montagnes jusqu'à Téhéran. Le shah Nasser ed-Din reçoit Xavier chaque matin pendant une semaine pour se faire soigner les yeux, et lui remet le grand cordon du Lion et du Soleil. Il s'entretient aussi avec Henri, à qui il trouve « une grande ressemblance avec Napoléon Ier ». Escortés de dix cosaques, les voyageurs entrent à Ispahan le 29 mai.


« En voyant votre Père, il n'a pas pu s'empêcher de l'embrasser, en le remerciant avec effusion, d'être venu. »
L'examen a lieu sur-le-champ. Ce n'est pas un glaucome, conclut Xavier, mais une névralgie, avec spasmes des voies lacrymales et migraines ophtalmiques. Le prince est soulagé dès le troisième jour.
« …ce voyage […] aura été un triomphe pour votre cher Père, l'apothéose de sa carrière, et la juste récompense de ses longs travaux. »
Le retour, par 35° à l'ombre, n'est pas de tout repos : au deuxième jour de route vers Qazvin, des brigands se jettent sur les muletiers, « les ont roués de coups de bâton et de couteau, et ont volé nos malles et nos bagages », écrit Xavier le 1er juillet. Les voyageurs rentrent à Paris le 24 juillet 1894, quatre mois jour pour jour après leur départ. La presse parle de 2 800 malades examinés en chemin.
Une chaire d'ophtalmologie en langue française est créée à Téhéran. Zellé-Soltan écrira encore à Augusta après la mort de Xavier, en 1908 : il ne l'oubliera « pendant toute [sa] vie ». Et le voyage noue un lien plus durable encore : Wanda épouse Ardachir, le fils du général Nazare-Aga. C'est pourquoi Xavier, en 1905, ajoute une quatrième patrie à la liste de ses enfants : « et aujourd'hui la Perse ».
Tante Marie, l'artiste
Xavier et Augusta ont cinq enfants. Wanda, née en 1874, épouse Ardachir Nazare-Aga. Henri (1875–1938) devient avocat. Jean (1877–1937) reprendra la clinique de son père. Marie (1880–1965) sera peintre. Hedwige, née en 1882, disparaît à l'âge de six ans.


Wanda épouse Ardachir le 27 octobre 1896 à Saint-Augustin ; Henri, Jean et Marie sont garçons et demoiselle d'honneur (Le Figaro, 28 octobre 1896). Elle meurt dix ans plus tard, le 8 avril 1906, à trente-deux ans, laissant Djibraïl et la petite Leyla. Henri, subrogé tuteur des enfants, mène de 1910 à 1914 un long procès contre Ardachir pour protéger leur héritage. Hedwige est inscrite à l'état civil sous les prénoms de Mathilde Victoire.
1880 – 1965Marie, peintre à Versailles
Tante Marie ne se marie pas. Elle vit à Versailles, « près Trianon », et devient la mémoire vivante de la famille : c'est d'après ses carnets et ses souvenirs qu'Alain reconstituera les origines polonaises et italiennes. Elle est aussi peintre. De 1906 à 1925, elle expose ses natures mortes, ses intérieurs, ses pastels et ses paysages au Salon, chez les Femmes peintres, au Lyceum, et dans toute la France : Beauvais, Angers, Monte-Carlo, Toulouse, Nancy, Pau, Lyon, Bordeaux, Nice…
| Année | Œuvre | Distinction |
|---|---|---|
| 1908 | Terrasses, pastel · Beauvais | Mention |
| 1909 | Citrons, aquarelle · Angers | Médaille d'argent |
| 1909 | Terrassier, pastel · Langres | Mention |
| 1910 | Fromages · Versailles | Mention |
| 1911 | Coin commode · Salon | Mention |
| 1914 | Vue de la Rhune, Place à Saint-Jean · Femmes peintres | — |
| 1925 | La fenêtre · Salon | — |
Ses sujets reviennent d'une exposition à l'autre comme de vieux amis : citrons, fromages, roses blanches, chrysanthèmes roux, pivoines, perdreaux, et une Poupée japonaise qui voyage de salon en salon entre 1911 et 1913.
La presse la suit jusqu'en 1939. Femina salue en 1911 « les pivoines de Mlle Galezowska, si justes de valeurs » (1er mars 1911), et elle reçoit une médaille d'argent à Versailles en 1937. Elle meurt à Versailles le 25 mars 1965.
1875 – 1938Henri, l'avocat des tranchées
Henri a près de quarante ans en 1914. Territorial au 31e régiment d'infanterie, il écrit à sa sœur des lettres pleines d'humour, de colis et de printemps.
« Achète-moi donc des petits gâteaux au chocolat de Potin, je crois qu'ils ont nom Biarritz. »
« Le 1er février nous reprenons la tranchée pour 20 jours. Le temps est doux, et dans les bois, les bourgeons des arbustes commencent à grossir. »


En 1918, le lieutenant Henri Galezowski est fait chevalier de l'ordre de l'Étoile noire. Il meurt en 1938, sans enfant.



Avocat à la cour d'appel, Henri est chef adjoint de cabinet des ministres de l'Intérieur, du Commerce (arrêté du 1er mai 1911, Journal officiel) puis de l'Instruction publique et des Beaux-Arts (1913). En 1918, il est détaché au ministère du Blocus. Il épouse le 27 février 1919 Catherine Nauwelaerts et meurt le 17 mai 1938.
Lire en entier : le catalogue de Tante Marie et les lettres d’Henri →

La Grande Guerre de Jean

Le samedi 1er août 1914, le docteur Jean Galezowski prend à Saint-Lazare le train de 15 h 55 pour aller « respirer un peu d'air de la mer avant de partir ». À 18 h 44, sur le quai de Deauville, il comprend à la mine des baigneurs que la mobilisation générale est décrétée.
« Le ciel est complètement embrasé, d'un rouge rutilant qui se reflète sur les murs des fermes, sur le chaume des toits, sur les arbres, les haies. Un immense incendie s'allume : jusqu'où s'étendra-t-il ? et quand s'éteindra-t-il ? »
Aide-major de 1re classe à l'ambulance n° 8 du 21e corps d'armée, il entre au Grand Palais le 5 août « l'épée au côté ». Sa mère, Augusta, lui écrit le jour même depuis les Pyrénées :
« C'est aujourd'hui que tu prends ton tour de service au Grand Palais et que tu vas mettre ta science et ta bonté de tout cœur au service des pauvres blessés, comme ton Père l'a fait il y a 44 ans en son ambulance de l'Église Saint-Gervais. »
« Jamais je n'ai tant senti combien j'aimais mes fils et… la France ! »
Le 9 août, l'ambulance embarque à la gare de La Rapée. Sur le quai de Gray, Jean fait sa « première opération de guerre » : retirer une escarbille de l'œil d'un soldat. Puis ce sont les Vosges, l'Alsace, et le repli.
ParisGrayÉpinalGugnécourtSaint-DiéLa Grande FosseSaalesBourg-BrucheMousseyRaon-l'ÉtapeBadonvillerBréménilClairuptSainte-HélèneAutrey


« Nous franchissons l'ancienne frontière, qui, nous en sommes certains, ne sera plus jamais là. La borne a été arrachée et jetée loin de la route : je la photographie avec mes camarades qui l'ont redressée. »
vers le 21 août 1914La nuit de Badonviller
L'ambulance s'installe dans une grande faïencerie privée d'électricité. À sept heures du soir, deux cents blessés attendent.
« À deux heures du matin, ils étaient plus de douze cents et nous étions cinq pour les soigner. »
« À mon réveil, j'ai repris mon travail : que de plaies, que de pansements ! Ah ! les malheureux, pourquoi toutes ces horreurs ? Les responsables de cette boucherie auront de bien lourds comptes à rendre. »
« Notre médecin-chef détourne la tête ; quand je revois sa figure, ses yeux sont tout rouges. »
Il faut partir sur-le-champ et laisser trois cents blessés au plus jeune camarade, marié depuis deux mois. Les blessés valides se traînent jusqu'à la gare pour ne pas être faits prisonniers. « Nous voyons de loin les taches blanches que forment les pansements de nos blessés sur la route de la gare. »
1916 – 1918Deauville, l'hôpital, Odette
À partir de l'été 1916, Jean est affecté à un hôpital de Deauville. C'est là qu'il rédige, en octobre 1917, ses mémoires des premières semaines, « pour moi ou les miens ». C'est là aussi qu'il rencontre une infirmière bénévole de vingt-trois ans, Odette Levylier, née le 7 janvier 1893. Ils se marient le 1er août 1918, quatre ans jour pour jour après son départ pour Deauville.








Jean reçoit la Légion d'honneur à titre militaire.
Lire en entier : les Mémoires de guerre de Jean → Les lettres de guerre →

Les Années Folles : Deauville, Paris, Cannes
Jean reprend la clinique de son père, place du Pont-Neuf. Trois enfants naissent : Wanda le 15 août 1919, Iza le 27 juin 1922, Alain en 1925. On vit au 4, avenue d'Eylau, on passe l'été à la Villa de Deauville, Pâques à Cannes.
Le Figaro du 10 juillet 1918 avait annoncé les fiançailles du « docteur Jean Galezowski, médecin-major aux armées », avec « Mlle Odette Levylier, fille du chef d'escadrons de cavalerie en retraite » (lire). Alain naît le 17 avril 1925. Les annuaires de 1913 à 1918 confirment la « Clinique du Dr Jean Galezowski », au 41, rue Dauphine, au débouché du Pont-Neuf ; Jean consulte aussi au 4, rue de la Paix.





l'album d'IzaLes enfants de la Villa
Pour les quatre-vingt-dix ans d'Iza, le 27 juin 2012, la famille a composé un album de son enfance. Les légendes sont celles de l'album.


























1932 – 1939Odette, photographiée par les Seeberger
Les frères Seeberger saisissent les élégantes sur les champs de courses. Entre août 1932 et août 1939, Odette Galezowska est photographiée à Auteuil, à Longchamp, à Deauville : le Grand Prix d'automne, le Prix de Noailles, le Grand Critérium, les Planches. À Noël 2008, son fils Alain rassemblera ces clichés « pour ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ».







Jean a aussi une écurie de courses : « La Tour Penchée » gagne le prix de la Risle en 1931, « Pont au Change » le prix du Val d'Or en 1934. Chaque mois d'août, de 1919 à 1927, « le docteur et Mme Galezowski » figurent dans les chroniques mondaines de Deauville.
Le docteur Jean Galezowski meurt le 6 mars 1937, à cinquante-neuf ans. Le dernier cliché du répertoire est daté de Deauville, le 13 août 1939. Trois semaines plus tard, c'est la guerre.
Il meurt « des suites de la grippe, en son domicile, 26, avenue Foch ». Le faire-part réunit toute la famille : Odette, les enfants, Mme Roger Levylier, Henri et sa femme, Tante Marie, les Haarbleicher, les Propper, le docteur et Mme Bruno (Le Figaro, 7 mars 1937).
Les années noires
Fin mai 1940, Odette quitte la Villa de Deauville avec Nanny, la gouvernante anglaise, Wanda, vingt ans, Iza, dix-sept ans, et Alain, quinze ans, chargé des cartes routières. On laisse derrière soi les bicyclettes, les clubs de golf, le Meccano et les collections de timbres.
De Deauville à New York1940 – 1946. Trois parcours d'une même famille : l'exode (Alain, quinze ans, tenait les cartes routières), Alain dans la 2e DB (en rouge), puis ses sœurs Wanda et Iza vers New York (en bleu). Tracé schématique.
« Évidemment nous pensions tous qu'il ne s'agissait que d'un départ provisoire et que nous serions de retour dans peu de temps ! »
Une nuit à Niort, puis Biarritz, la villa Queen Mab. Le 27 juin, jour des dix-huit ans d'Iza, un premier motocycliste allemand passe devant la maison. Des amis, envoyés de Rome par les Charles-Roux, supplient la famille de ne pas rester en zone occupée. « Malheureusement, ils avaient entièrement raison, mais nous n'avons pas voulu en tenir compte. » À l'automne, on rentre à Paris, au 26, avenue Foch.
En octobre 1940, le statut des juifs est promulgué. Odette doit se déclarer à la mairie ; sa carte d'identité et sa carte de ravitaillement sont perforées du mot « juif ». Pour protéger ses enfants, elle met l'appartement au nom de Wanda et fait émanciper Alain. En 1942, elle doit porter l'étoile jaune.
« Elle l'avait mise sur une petite cape noire, qu'elle enleva avant de rentrer à Ste-Croix, et la remit en partant. »
jeudi 18 novembre 1943La canadienne
Ce jour-là, Odette donne à son fils de l'argent et des points textiles pour qu'il s'achète un manteau. Elle sort jouer au bridge chez des amis. Vers dix-huit heures, elle est arrêtée par des Allemands sous le porche du 26, avenue Foch.
« Je me suis précipité et suis revenu avec une canadienne. Mais je n'ai plus jamais revu Maman. »Alain Galezowski
Alain court à bicyclette prévenir Bonne-Maman, rue Octave-Feuillet ; avec Wanda, il interroge en vain Police-Secours et le commissariat de l'Opéra. Toutes les démarches échouent. Conduite à Drancy, Odette est déportée par le convoi n° 62, parti le 20 novembre 1943 de la gare de Paris-Bobigny avec 1 200 personnes vers Auschwitz. Elle est assassinée à son arrivée. Elle avait cinquante ans.
Le fichier « Morts en déportation » du ministère des Armées fixe sa mort au 25 novembre 1943. Née à Rouen, Odette était la fille du commandant Roger Lévylier, officier de cavalerie, et d'Alice Halphen, la « Bonne-Maman » des récits. Par son père, elle descendait de Cerf Berr de Medelsheim, grande figure de l'émancipation des Juifs d'Alsace. Son nom est gravé sur le caveau familial Lévylier – Cerfberr – Propper, au cimetière du Montparnasse.
Le 7 mars 1944, un employé du lycée Janson-de-Sailly vient chercher Gilles Haarbleicher, le cousin, dans sa classe de mathématiques supérieures. Comprenant ce qui l'attend, il laisse à Alain son calot d'« hypo-taupe ». Le professeur, M. Marion, interdit qu'on occupe sa place. C'est le même Gilles que l'on voit, petit garçon, sous le parapluie et à bicyclette dans le jardin de la Villa, sur les photographies de l'album d'Iza.
Les disparus
d'après le livre de mémoire de François Propper
- Odette Galezowska, née Levylier1893 – 1943 · convoi n° 62, Drancy, 20 novembre 1943
- Michel Propper · Elizabeth Propperconvoi n° 68, Drancy, 10 février 1944
- Bonne-Maman, la grand-mère des enfantsconvoi n° 72, Drancy, 29 avril 1944Alice Halphen, Mme Roger Lévylier (1865 – 1944)
- André, Fanny et Gilles Haarbleicherconvoi n° 72, Drancy, 29 avril 1944
Le frère d'Odette, Paul Lévylier, était tombé à Tahure le 6 octobre 1915. Le premier mari de Fanny, Pierre Gaston-Mayer, avait été tué le 17 septembre 1914 ; leur fille Claude est morte à Paris en janvier 1943.
décembre 1944 – 1945La 2e DB
Fin décembre 1944, Alain a dix-neuf ans. Il rejoint la 2e division blindée en Alsace, radio sur l'automitrailleuse Aspirant de Bonneval. Début janvier 1945, l'attaque allemande force le repli en Lorraine, sous la neige ; à Strasbourg-Neudorf, pendant la réparation de l'engin, il devient tireur. Puis les Charentes, Royan, l'Allemagne, et le retour à Moret-sur-Loing.




Le 21 février 1946, une messe est dite pour Odette à Saint-Honoré d'Eylau. « L'église était pleine d'amis et de ce qu'il restait de la famille », écrit Wanda. Quelques jours plus tard, Wanda et Iza embarquent à Bordeaux sur un Liberty ship, le Henry Ward Beecher. Le 3 mars, jour du départ, Alain se fiance avec Martine.
« À 11 heures nous sommes arrivées au quai 39 dans New-York City… et une nouvelle vie. »
Lire en entier : les récits d’Alain et les Mémoires de Wanda →
Bonpapa la transmission

Le 3 mars 1946, le jour même où ses sœurs quittent la France, Alain se fiance avec Martine. De leur mariage naissent deux fils, Patrick et Nicolas. Le couple divorce, et Alain épouse en secondes noces Anne de Gaulejac, « Nanou », qu'il avait rencontrée dès juin 1941 à l'examen du baccalauréat : l'ordre alphabétique les avait assis côte à côte.
Le Figaro du 12 novembre 1946 annonce le mariage de « Mlle Martine Baur, fille de M. et Mme Élie Baur, avec M. Alain Galezowski, fils du docteur Jean Galezowski, décédé, et de Mme, née Odette Levylier, déportée » (lire). Jusqu'en 1950, Alain est l'associé de son beau-père dans la Fabrique parisienne de fleurs artificielles, rue des Bourdonnais. Il épouse Nanou le 6 juin 1966 ; elle nous a quittés en 2025.
Wanda et Iza font leur vie en Amérique. Wanda devient Mrs Bob Ramsey ; Iza, Mrs Bob Warner, s'installe à Washington. Le 16 mars 1996, cinquante ans jour pour jour après leur arrivée, la famille se retrouve sur le même quai de New York.
Alain, lui, garde tout. Il reste fidèle à la 2e DB : secrétaire général adjoint de l'Association des anciens de la Division Leclerc, il rédige pendant des années ses procès-verbaux, lit en conseil la liste des camarades disparus et, en 2011, prépare comme secrétaire du Comité de transition la transmission de l'association, « appelée à disparaître avec son dernier membre ». Il tape, page après page, les lettres de son père, les souvenirs de Tante Marie, les mémoires de sa sœur Wanda, qu'il traduit et annote. Il donne le nom de Tarnawa à sa maison de campagne.
Le 23 juin 2005, le Centre de l'Académie polonaise des sciences organise une cérémonie en l'honneur de la famille, à l'École polonaise de Paris, celle des Batignolles que Severyn avait sauvée et que Joseph avait dirigée. Alain y prend la parole et raconte tout, depuis 1683.
« D'après les documents et les souvenirs de ma tante Marie Galezowska, la sœur de mon père, la famille Galezowski remonte à 1683… »Alain Galezowski · École polonaise, 23 juin 2005
« Heureusement que Wanda, Iza, François Propper, Arnaud, Dominique et Pierre Lyon-Caen, et moi-même avons eu la chance d'échapper à ce terrible destin et de pouvoir fonder des familles et d'avoir des descendants qui pourront ainsi honorer la mémoire de tous ces disparus et prier pour eux. »
L'arbre et les repères
D'après les notices généalogiques réunies par Alain Galezowski.
-
François Galezowski1810 – 1860∞ Balbina Szokalska (1812 – 1882)
- Léontine∞ Dr Waclaw Gorski
- Victoire∞ M. Nowinski
- Xavier1832 – 1907 · ophtalmologiste∞ Augusta Tamberlick (1849 – 1918), fille d'Enrico
- Wandanée en 1874∞ Ardachir Nazare-Aga
- Henri1875 – 1938 · avocat
- Jean1877 – 1937 · ophtalmologiste∞ Odette Levylier (1893 – 1943)
- Wanda1919 – 2001Mrs Bob Ramsey
- Izanée en 1922Mrs Bob Warner
- Alainné en 1925 · « Bonpapa »∞ Martine, mère de Patrick et Nicolas
∞ Anne de Gaulejac, « Nanou »- Patrick∞ Anne-CarolineArnaud, Eugénie, Thomas
- Nicolas∞ Marie-FrançoiseDelphine, Xavier, Agnès
- Flore Boucher-Beaurainfille de Nanou∞ Eric Fogarassy
- Marie1880 – 1965 · peintre
- Hedwigenée en 1882
- Joseph1833/34 – 1916∞ Amélia Karpinska
Severyn Galezowski (1801 – 1878), frère de François, n'a pas de descendance mentionnée. Côté italien : Raffaele Tamberlick ∞ Margherita Danieli → Enrico Tamberlick (1820 – 1889) ∞ Francesca Ballerano → Augusta et Raphaël-Alfred.
repèresChronologie
- Naissance de Jan Gałęzowski à Gałęzów, près de Lublin.
- Défense de Vienne sous Jean III Sobieski ; armes Tarnawa.
- Naissance d'Enrico Tamberlick, le 9 mars.
- Naissance de Xavier Galezowski à Lipowice, le 5 janvier.
- Xavier docteur à Saint-Pétersbourg ; départ pour Paris.
- Insurrection polonaise. Joseph ministre de la Guerre ; Xavier en mission secrète.
- Ouverture de la clinique de Xavier, le 6 mars.
- Ambulance de Saint-Gervais. Xavier devient français.
- Mariage de Xavier et d'Augusta Tamberlick, en octobre.
- Mort d'Enrico Tamberlick, 103 boulevard Haussmann. Malaga.
- Le voyage en Perse, de mars à juillet.
- Mariage de Wanda et d'Ardachir Nazare-Aga, le 27 octobre, à Saint-Augustin.
- Discours de Xavier pour l'anniversaire de son mariage.
- Mort de Wanda, le 8 avril.
- Mort de Xavier, le 22 mars.
- Médaille d'argent à Angers pour les Citrons de Marie.
- Jean, aide-major à l'ambulance 8/21 ; la nuit de Badonviller.
- Mort d'Augusta. Mariage de Jean et d'Odette, le 1er août.
- « Pont au Change », cheval de Jean, gagne le prix du Val d'Or.
- Mort de Jean, le 6 mars.
- Exode de Deauville vers Biarritz.
- Arrestation d'Odette le 18 novembre ; convoi n° 62.
- Bonne-Maman, Alice Halphen, est déportée par le convoi n° 72 ; un arbre en ligne date sa mort du 1er mai.
- Alain rejoint la 2e DB en Alsace.
- Wanda et Iza arrivent à New York le 16 mars.
- Mariage d'Alain et de Martine Baur, annoncé le 12 novembre.
- Cérémonie à l'École polonaise, le 23 juin.
- Alain rassemble les photographies d'Odette.
- L'album des 90 ans d'Iza.